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10/07/2010

Un article sur les séries ivoiriennes où je prends la parole


Côte d'Ivoire
Succès en séries
07/06/2010 à 16h:26 Par Théophile Kouamouo


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Les sitcoms abidjanaises font un tabac à l’étranger. Un exploit, compte tenu de la difficulté qu’ont les producteurs à les financer et à se faire rémunérer pour leur diffusion. La réussite va-t-elle finir par payer ?


Bohiri est un père de famille respectable en ­apparence, mais il est surtout un homme à femmes qui fait le désespoir de son épouse, Akissi. Boris, médecin, également coureur de jupons patenté, n’est pas encore marié. Nafi, une jeune fille issue d’une famille défavorisée, persévère dans ses études en dépit des obstacles. Betty est une étudiante à la personnalité bien trempée et au tempérament de cheftaine… Leur point commun ? Tous sont des personnages de fiction créés en Côte d’Ivoire, et leur célébrité dépasse désormais les frontières du pays.

Abidjan régnerait-elle désormais sur l’univers des séries télévisées africaines ? À Brazzaville, Bamako, Cotonou, Douala et dans les diasporas, en Europe et en Amérique du Nord, on suit passionnément Ma famille, Nafi, Dr Boris, Class’A ou Teenager.

Chroniques conjugales, récits de vie lycéenne, scènes de « cour commune », ces séries télévisées font un tabac. « Les acteurs ivoiriens dégagent un naturel particulier. En plus, ils savent faire rire sans être ridicules », juge une diplômée en communication camerounaise. « Ces séries sont en français, elles n’ont pas besoin d’être sous-titrées. Ce sont des histoires qui parlent à toute l’Afrique, dans lesquelles de nombreux Africains peuvent se reconnaître. En plus, les dialogues sont mis en valeur par un phrasé très imagé, plein d’humour », argumente un consultant parisien.

Acteurs starisés

Ces productions se font progressivement une place à côté des telenovelas sud-américaines, des soaps nord-américains et des sitcoms britanniques. Pourtant, elles sont écrites, tournées et filmées de façon encore très artisanale. « Nous avons un vrai problème avec l’écriture suivie et structurée, explique Armand Brice Tchikamen, réalisateur de Class’A. Au départ, l’intrigue est bien pensée, mais une sorte de navigation à vue finit par s’imposer. Alors, on improvise. On retravaille certains rôles, sans s’éloigner de l’idée principale. »

De manière générale, les équipes techniques – réalisateurs, cameramen, preneurs de son, éclairagistes, etc. – sont des professionnels ayant fait leurs armes à la télévision nationale ou au sein d’entreprises privées de production audiovisuelle. Les acteurs, eux, ont deux types de profil. Il y a ceux qui se sont fait connaître dans les émissions de sketchs (Comment ça va ?, Faut pas fâcher) créées au sein de la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI) par des professionnels venus du théâtre. À l’image de Léonard Groguhet, l’un des rares artistes ivoiriens à avoir, de son vivant, une rue baptisée à son nom. Il y a aussi les amateurs, repérés lors de castings ouverts à tous, puis formés par la maison de production. « Nous avons fait le choix de choquer en allant chercher le talent dans la rue », explique Jean-Hubert Nankam, patron de Martika Production. Avait-il vraiment le choix ? Ses séries Class’A et Teenager mettent en scène des personnages jeunes. Or il n’existe aucune formation au métier d’acteur en Côte d’Ivoire.

Comment tourner des épisodes à un rythme rapide – pour des raisons financières évidentes – quand il ­n’existe pas de studios adaptés ? La majorité des sociétés de production noue des partenariats avec des propriétaires de lieux publics ou privés – maisons, écoles, hôpitaux, maquis (bars), hôtels, etc. – qui mettent leur espace à disposition des équipes de tournage contre une exposition publicitaire ou une indemnité symbolique. LAD Production, de la célèbre actrice Akissi Delta, a choisi de louer en permanence trois villas pour pouvoir tourner sans aucune contrainte. « Même la maison dans laquelle je vis tient lieu de studio de tournage », confie la comédienne.

Le modèle économique des séries ivoiriennes n’est pas encore arrivé à maturité. Par manque d’argent ou de bonne volonté, de nombreuses chaînes de télévision ne veulent pas payer pour les diffuser. Ou alors très peu. « En général, elles déboursent au plus 200 000 F CFA [moins de 305 euros, NDLR] par épisode, déplore Akissi Delta. Elles peuvent descendre jusqu’à 50 000 F CFA. » Quand le tournage d’un épisode coûte entre 2 millions et 4 millions de F CFA.

Productrice de Nafi, Eugénie Ouattara, alias Djuédjuessi, a quant à elle arrêté sa série avant son terme faute de moyens financiers. « J’ai tout fait pour intéresser les sponsors, mais personne ne m’a répondu favorablement. Même les demandes d’aide que j’ai adressées aux institutions ou aux “grands types” de ce pays n’ont pas eu de suite », s’est-elle indignée dans une interview accordée à l’hebdomadaire people Top Visages.

De l’artisanat à l’industrie

Les succès à l’international représentent une vraie bouffée d’air frais. Certains producteurs signent désormais, dans chaque pays, des contrats de bartering avec des annonceurs – ces derniers s’engageant à payer pour la diffusion à condition d’apparaître comme sponsor dans les génériques de début et de fin ou dans les intermèdes publicitaires.

Outre le bartering, un modèle alternatif existe, actuellement expérimenté par la société française Rox Africa, représentée en Côte d’Ivoire par Studio 225 Production. L’entreprise ne passe pas par les chaînes de télévision et les annonceurs. Elle salarie ses acteurs (dont le célèbre Michel Gohou, qu’elle « loue » en cas de nécessité) et produit des comédies qu’elle distribue en DVD, surtout au sein de la diaspora, et qu’elle diffuse, contre rémunération, dans des lieux publics (avions, lounges…).

La libéralisation de l’espace audiovisuel dans de nombreux pays – mais pas encore en Côte d’Ivoire –, le début d’intérêt manifesté par les bailleurs de fonds institutionnels comme la Francophonie et l’Union ­européenne, ainsi que le développement de la vidéo à la demande à l’international sont de vraies opportunités économiques. Cependant, les producteurs sont catégoriques : sans une forte volonté politique des autorités nationales, il sera difficile de passer des initiatives artisanales à une véritable « approche de marché ».

Tous droits de reproduction et de représentation JEUNE AFRIQUE

Une interview de moi dans "JournalduCameroun"

Armand Brice Tchikamen réalise ses rêves de producteur en Côte d’Ivoire
Par Ingrid Alice NGOUNOU - 06/04/2010
Il raconte sa rencontre avec l’univers de la com’ et jette un regard sur la production audiovisuelle au Cameroun et en Afrique




Ce qui frappe le plus lorsqu’on lance votre nom dans un moteur de recherche, c’est votre filmographie. Elle est dense et diversifiée, comment réussissez-vous à vous organiser?

Les productions étant le plus souvent espacées, je m’organise à mettre en route un projet avant l’autre. Ayant toujours une équipe à ma disposition en fonction de la production, une fois qu’un projet a démarré, je peux à ce moment commencer la mise en route du projet suivant avec tout ce que cela comporte comme travail de pré-production. Je suis souvent aidé par un assistant. Mais, des cas de chevauchement pareil sont rares. En général, je finis un projet avant de commencer un autre.

On sait que vous avez grandi au Cameroun et vivez en Côte-D’ivoire. Parlez nous de vous? Qui est Armand Brice Tchikamen?


Je suis né et j’ai grandi au Cameroun, j’ai 4 frères et une sœur. J’ai fait une grande partie de mes études au Cameroun. Je les ai complété à Abidjan en Côte d’Ivoire, à l’Institut des Sciences et Techniques de la Communication (ISTC), l’école qui a formé et qui forme les journalistes et techniciens de la RTI. C’est un peu l’équivalent de l’ESSTIC au Cameroun. Là-bas, je me suis formé en Production et réalisation audiovisuelle. Après mes études, j’ai d’abord travaillé comme journaliste culturel pour les quotidiens Le Temps, Le Courrier d’Abidjan pendant plus de trois années avant d’arrêter et de me consacrer entièrement à la production audiovisuelle.

Qu’est-ce qui vous a poussé vers des études en communication ?

J’ai toujours été dans la communication parce que déjà au lycée ou au collège, c’est toujours moi qui jouais les reporters lorsque l’équipe de ma classe jouait. Je faisais des dessins à afficher lors des championnats de vacances dans mon quartier. Quand je suis arrivé par des circonstances un peu bizarres au lycée de Bangangté, j’ai rencontré des amis qui sont aujourd’hui mes frères et ensemble nous avons, chacun avec ses potentialités, jeté les bases de ce que nous sommes devenus aujourd’hui. Il s’agit du journaliste reporter Patrick FANDIO qui est passé sur France 2 et TF1 avant de s’installer aujourd’hui en Afrique du Sud ; le journaliste Théophile KOUAMOUO qui a travaillé pour le journal Le Monde et a été Rédacteur en Chef de plusieurs quotidiens à Abidjan et est aujourd’hui correspondant pour Jeune Afrique. Il est l’un des meilleurs bloggeurs africains avec son site "IvoireBlog". Et enfin le journaliste Hervé KOUAMOUO chroniqueur de la CAN 2010 en Angola sur la chaîne France 24 et qui travaille aujourd’hui pour le site footafrica365. A l’époque, nous animions l’hebdomadaire mural du Club Unesco de notre lycée.

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Racontez nous votre aventure ivoirienne.

Quand je suis arrivé en Côte d’Ivoire ma seconde patrie, j’ai rencontré des gens qui m’ont tendu la main, même si ça n’a pas toujours été facile, et ils m’ont permis de réaliser ce que j’ai pu faire jusqu’aujourd’hui. Je pense d’abord au doyen Alexis DON ZIGRE, le réalisateur du film Sida dans la cité 3 qui ne me connaissait pas. Il a très vite décelé en moi mes potentiels de réalisateur. Il y’a Jean Hubert NANKAM, le producteur de la série Class’A qui m’a permis de créer et de donner un nouveau visage aux séries africaines. J’ai aussi profité de ma rencontre avec le Réalisateur camerounais Skwall de Fokal Production, avec qui j’ai collaboré en tant qu’assistant réalisateur sur plusieurs publicités. Je pense aussi à tous ces autres producteurs, agences de communication et organismes internationaux qui m’ont fait confiance et m’ont permis de réaliser tous ces spots TV, émissions TV, documentaires et autres…

Racontez nous votre première rencontre avec l’univers de la production. Etait-ce la matérialisation d’un rêve d’enfance, ou un concours de circonstances favorables

Ma rencontre avec l’univers de la production a été beaucoup plus la matérialisation d’un rêve d’enfance. Tout petit, mes frères et moi avons été initiés à la lecture des bandes dessinées par mon père qui lui, était un mordu des BD. Jusqu'à sa mort, il en avait encore à son chevet. Donc j’ai grandi dans un univers de rêves et d’imagination permanente grâce à mes lectures. Au secondaire, j’ai été formé à la culture des films chinois et hindous et c’est à partir de ce moment que je commence à me poser la question de savoir comment on fait un film. Je me rappelle toujours qu’un jour en pleine séance de film hindou lorsque le générique de début défilait, je me suis dit: un jour mon nom apparaîtra aussi au générique d’un film. C’est lorsque je rencontre Ousmane Stéphane Kamdhem réalisateur de la série camerounaise Africa Paradise diffusée sur 3Atélésud, Sergeo Marcello et Dody Yaye qui à l’époque s’appelait Dody Mc Kameroun, que les choses commencent.

Et vous commencez l'aventure?

Effectivement. Nous avons créé ONAV Production et nous avons réalisé des films tels que L’évadé en Cavale notre tout premier court métrage, ensuite nous avons réalisé Témoin à Séduire un long métrage en VHS qui avaient pour acteurs principaux l’artiste camerounais King B dont la chanson We Are One avait reçu quelques années plus tôt le Prix Eurovision et Lucie Memba une jeune actrice montante. Sans le sortir officiellement du fait de son format non professionnel nous avions mis le film dans les tiroirs et avions réalisé Le Successeur un autre long métrage. Après attribution d’un visa d’exploitation, le film sera diffusé au cinéma l’Empire à Bafoussam et au cinéma le Capitole à Yaoundé. C’est pendant cette période que je me forme à la réalisation. J’apprends dans les livres achetés à la "librairie du poteau" et sur l’Internet qui est naissant au Cameroun à l’époque. Je lis et je m’intéresse à tout ce qui touche au cinéma. Nous allons même faire partie de l’Association des cinéastes camerounais dirigée à l’époque par le réalisateur Richard LOBE.

Votre filmographie présente une variété de productions réalisées principalement en Côte d’Ivoire, pourquoi il y a-t-il si peu de productions sur le Cameroun?


J’ai commencé par produire au Cameroun. Aujourd’hui 80% de mes productions sont concentrées en Côte d’Ivoire et en Afrique de l’Ouest parce que ces environnements me permettent de produire mais j’ai aussi beaucoup de projets pour le Cameroun. Chaque jour qui passe, j’essaye de voir dans quelles mesures je peux les réaliser dans les bonnes conditions.

Avec «Class’A» la série pour jeunes, vous avez rompu avec la vielle école qui présentait toujours l’Afrique dans un univers d’adultes, comment l’idée vous est-elle venue?

Le concept de la série n’est pas original parce que nous avons grandi avec des séries sur les jeunes en milieu scolaire comme Beverly Hills 90210. Donc quand le producteur m’a remis le script des premiers épisodes, j’ai été tout de suite séduit. Avec le scénariste nous avons travaillé sur une compilation des points forts, de ce dont la série parlerait et nous avons sorti un script pour le pilote. C’est à partir de ce moment que je me suis dit qu’il faut proposer un autre type d’images aux téléspectateurs africains. J’ai donc travaillé sur le rythme, le type de plans et les couleurs qui intéresseraient la jeunesse. Tout le monde a aimé. Les jeunes comme les personnes âgées.

Une réussite dans l’univers francophone, qu’est ce qui selon vous fait obstacle à ce que les producteurs camerounais ou ivoiriens puissent produire des sitcoms de l’envergure d’une série comme «Friends»?


Comme toujours, le refrain c’est: un problème de moyens. Aujourd’hui au Cameroun, en Côte d’Ivoire et dans plusieurs pays africains surtout francophones, il y a des personnes qui sont prêtes à se sacrifier comme l’a fait Jean Hubert avec Class’A et certains producteurs et productrices pour entreprendre et soutenir des productions d’une certaine envergure. Mais le véritable problème, c’est le retour sur investissement. Nos chaînes de télévisions n’achètent pas nos programmes et certaines entreprises qui peuvent accompagner nos diffusions préfèrent sponsoriser des séries ou feuilletons venus d’ailleurs. Les rares fois où ils s’engagent, les montants que l’on vous proposent ne couvrent pas les coûts de production. Dans un contexte pareil, il est vraiment difficile pour les producteurs d’engager des montants énormes dans une production et, ceci a des répercussions sur la qualité de nos réalisations. Un mécanisme bien huilé qui permettra un retour sur investissement dans la production va automatiquement avoir des effets positifs sur la qualité des productions.

Quelles appréciations faites-vous de la production audiovisuelle au Cameroun?

La production audiovisuelle camerounaise est très intense et très variée. C’est la conséquence de la libéralisation de l’espace audiovisuel qui a permis cela. Je trouve que nous n’avons pas une bonne politique d’exportation de nos productions comme le font les Ivoiriens. Il y a des productions camerounaises que certains de mes amis découvrent en venant chez moi lorsque je suis branché sur l’une de nos chaînes et ils en redemandent. Cela veut dire qu’une bonne politique d’exportation de nos productions audiovisuelles vers l’extérieur pourrait avoir des résultats positifs. Enfin, je trouve que la production audiovisuelle au Cameroun n’est pas rémunérée à sa juste valeur.


Peut-on s’attendre à vous voir intensifier vos activités au Cameroun en dehors de la série «Class’A» ou de «Regards Croisés»?


J’ai beaucoup de projets que je souhaiterais avec l’aide de Dieu, réaliser au Cameroun. Or, pour le moment il y a des projets qui m’amènent de temps en temps au Cameroun mais, c’est juste de manière ponctuelle.