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04/07/2011

L'image 3D doit-elle inquiéter nos yeux ?

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Initié avec Avatar, le phénomène 3D ne cesse de prendre de l'ampleur. Mais cette révolution technologique est-elle inoffensive pour nos yeux ? L'avertissement de Nintendo déconseillant l'usage de sa console 3D chez les très jeunes enfants a semé le doute… Aujourd'hui, les experts de la société française d'ophtalmologie se veulent rassurants.

Le phénomène de la 3D devrait prendre une ampleur considérable dans les années à venir. Révolutionnaire sur le plan technologique, cette avancée est-elle pour autant sans danger ? Certaines populations seraient-elles plus sensibles que d'autres ? Premiers éléments de réponse pas avant… 2012.

L'appareil visuel est naturellement très résistant

Décembre 2010 : Nintendo déconseille leur tout nouveau jeu avec images en relief chez les enfants de moins de six ans. L'argument invoqué : son utilisation prolongée pourrait altérer le développement de l'appareil visuel. L'alerte, lancée à quelques jours de Noël, a de quoi surprendre et inquiéter. Il n'y a pourtant pas de quoi paniquer ! Cette mise en garde ne repose sur aucune démonstration scientifique, souligne la Société Française d'Ophtalmologie (SFO) qui assure qu'à l'âge où les enfants commencent à jouer avec des consoles en 3D, "il y a bien longtemps que le système visuel est structuré". Et d'ajouter : "L'appareil visuel est suffisamment fort pour résister aux très nombreuses exigences que nous lui infligeons déjà", comme les 3h30 de télévision quotidiennes (selon les statistiques) !

La vision en trois dimensions repose sur le traitement séparé des images entre l'oeil droit et l'oeil gauche, sous un angle légèrement différent, de façon à ce que le cerveau reconstitue le relief, rappelle le Pr Béatrice Cochener, présidente de la SFO et chef de service au CHRU Morvan à Brest. Au cinéma, deux technologies sont utilisées : la séquence d'images codées et l'actif. Toutes deux nécessitent le port de lunettes spéciales :

Des lunettes modales pour la première technologie, dont l'inconvénient est que la qualité de l'image en trois dimensions dépend de la position du téléspectateur dans la salle ;
Des lunettes actives pour la seconde technologie, dont la définition est excellente, et qui présente l'avantage de ne pas dépendre de sa place dans la salle et de ne pas entraîner de flou lorsque l'on ferme un oeil.

Dotés de plus petites surfaces, les smartphones et les consoles de jeux peuvent se dispenser du port de lunettes : leur technologie repose sur un puissant système de lentilles qui reconstituent une image par oeil en dirigeant cette image correctement. La difficulté pour les fabricants est de disposer d'un nombre d'angles de vue suffisamment élevé pour permettre une image par angle de vue et par oeil.

Dangers de la 3D ? Un projet de recherche va évaluer les risques

Devant cette révolution en marche, la SFO a, dans un premier temps, interrogé ses experts quant aux risques éventuels de la 3D. En dépit de l'absence de données, ces derniers se veulent rassurants : "La 3D va exister sans abîmer les yeux". Ils estiment néanmoins que plusieurs risques doivent être évalués : fatigue visuelle, maux de tête, nausées, vision floue, désorientation, etc. Les personnes souffrant de troubles oculomoteurs, celles ayant une mauvaise qualité de leur vision et les jeunes enfants en cours de rééducation de l'amblyopie peuvent représenter des populations plus sensibles.

Il convient donc "d'analyser et de voir si tout le monde va supporter la 3D", indique le Pr Cochener. A cet effet, un projet de recherche nationale a démarré. Intitulé "3D-Comfort& Acceptance : Usage, confort et acceptabilité du relief", il est piloté par Patrick Zucchetta de la société Doremi (technologies spécialisées dans les serveurs de cinéma numérique). Partenaires du projet, dont le financement est assuré par l'Agence nationale de la recherche (ANR), le service d'ophtalmologie du CHRU Morvan à Brest dirigé par le Pr Cochener et le LaTIM (Laboratoire de Traitement de l'Information peut adapter des lunettes pour chacun, en fonction Médicale Inserm U650) auront notamment pour missions de définir les populations à risque et les environnements défavorables, et d'analyser l'activation cérébrale en immersion 3D."On va essayer de voir si tout le monde va bien supporter la 3D et voir comment adapter des lunettes pour chacun en fonction de ses troubles visuels". L'étude doit durer trois ans et les premiers résultats ne sont pas attendus avant 1 an, précise le Pr Cochener à Doctissimo.

Consoles 3D : aux parents d'être responsables !

En attendant, les experts de la SFO font appel au bon sens et à la responsabilité des parents : "Il est certain que laisser les enfants passer des heures devant l'écran peut entraîner des signes de fatigue visuelle (yeux qui piquent, larmoiements, maux de tête). En réalité, ajoutent-ils, ces jeux sont surtout délétères pour le développement intellectuel et psychologique des jeunes cerveaux, par leur contenu à la pauvreté consternante et/ou au prosélytisme de l'usage de la violence" !

Même si cette vision un peu manichéenne des jeux vidéos reste critiquable, les conseils de bon sens quant à l'usage modéré de ces consoles ou des télévisions 3D sont réels. Alors chers parents, sachez limiter l'usage de ces jouets et incitez vos enfants à se dépenser physiquement. Car si les effets sur la vue ou la psychologie des jeux vidéo restent controversés, les conséquences du manque d'activité sur le surpoids et l'obésité sont indéniables.

Amélie Pelletier, le 10 janvier 2011
Mis à jour le 29 juin 2011

Sources :

Conférence de presse de la SFO, le 7 janvier 2011.

Interview du Pr Béatrice Cochener, présidente de la SFO et chef de service au CHRU Morvan à Brest, le 10 janvier 2011.
Infos : doctissimo.fr

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